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Bénin : Les faux miracles de la performance sexuelle qui mettent les jeunes en danger

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Promesse d’une virilité décuplée, d’un pénis plus volumineux ou d’une endurance sexuelle prolongée. Au Bénin, nombre de jeunes sont de plus en plus tentés par des médicaments, compléments et produits vendus parfois sans véritable contrôle médical. Derrière ces promesses mirobolantes se cachent pourtant des risques réels pour la santé sexuelle et générale.

« Augmenter la taille du pénis de plusieurs centimètres », « tenir toute la nuit », « satisfaire toutes les femmes » ou encore « retrouver une puissance sexuelle exceptionnelle » et « éviter la honte devant les femmes ». Sur les poteaux électriques, dans les feux tricolores, sur les réseaux sociaux, dans certaines boutiques, sur les marchés et parfois à travers des vendeurs informels, les produits présentés comme des stimulants sexuels sont de plus en plus accessibles au Bénin. Pilules, gélules, poudres, boissons énergisantes ou décoctions dites naturelles séduisent particulièrement une catégorie de la jeunesse béninoise préoccupée par la performance sexuelle. Mais derrière la recherche d’une sexualité supposée plus performante se cache un phénomène d’automédication qui inquiète les professionnels de santé.

Selon Corentin Olaniran, spécialiste en Santé sexuelle et reproductive (Ssr), il faut d’abord distinguer les troubles sexuels réels de la pression sociale et psychologique. Un jeune homme qui connaît occasionnellement une baisse de désir, une difficulté d’érection ou une éjaculation rapide ne souffre pas nécessairement d’une maladie nécessitant la prise immédiate d’un médicament. « La sexualité ne se résume pas à la durée d’un rapport ou à la taille du pénis. La fatigue, le stress, l’anxiété, la consommation d’alcool ou de substances, ainsi que la peur de ne pas satisfaire son ou sa partenaire peuvent influencer les performances sexuelles », explique ce professionnel de santé sexuelle et reproductive interrogé dans le cadre de cette publication.

Des produits dont la composition peut être inconnue

Le danger devient plus important lorsque les jeunes consomment des produits achetés sans ordonnance ni contrôle médical. Plusieurs médicaments utilisés dans le traitement de la dysfonction érectile, notamment le sildénafil ou le tadalafil, peuvent avoir des effets importants sur l’organisme et présenter des contre-indications ou des interactions avec d’autres traitements. Plus préoccupant encore, une étude récente menée par des chercheurs de la Faculté des sciences de la santé (Fss) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac), à travers plusieurs de ses laboratoires spécialisés, notamment le Laboratoire de pharmacie galénique et de technologie pharmaceutique, le Laboratoire de pharmacognosie et de phytothérapie et le Laboratoire de chimie analytique et d’analyse des médicaments, et consacrée aux produits aphrodisiaques vendus en Afrique subsaharienne rapporte qu’au Bénin, des analyses menées sur 77 produits végétaux réputés aphrodisiaques à Cotonou et Abomey-Calavi ont mis en évidence des problèmes majeurs de conformité. Selon cette publication scientifique, 33 % des produits analysés étaient adultérés avec du tadalafil, parfois à des concentrations supérieures aux doses habituellement recommandées.

Pour Jasmin Villon-Guézo, médecin dans une clinique privée à Cotonou, cette réalité illustre les dangers du marché informel. « Lorsqu’un jeune achète un produit présenté comme naturel, il ne sait pas toujours ce qu’il contient réellement, ni à quelle dose. Il peut donc prendre plusieurs produits en même temps et s’exposer à des complications », souligne ce spécialiste. Les autorités sanitaires internationales alertent également régulièrement sur des produits de stimulation sexuelle contenant des substances médicamenteuses non déclarées. En 2026, la Food and drug administration (Fda), l’agence fédérale américaine chargée de la réglementation et du contrôle des médicaments et des produits alimentaires aux Etats-Unis a encore signalé plusieurs produits commercialisés pour améliorer les performances sexuelles et contenant du sildénafil ou du tadalafil sans que ces substances soient mentionnées sur l’étiquette. Ces ingrédients peuvent notamment provoquer une chute dangereuse de la pression artérielle lorsqu’ils sont associés à certains médicaments, en particulier les dérivés nitrés.

Grossir le pénis : entre mythe et risques

La quête d’un pénis plus gros constitue également un terrain fertile pour les vendeurs de produits miracles. Pourtant, les spécialistes rappellent qu’aucun comprimé, sirop ou complément alimentaire vendu comme « naturel » ne doit être considéré automatiquement comme capable d’augmenter durablement et sans risque la taille du pénis. S. C., un utilisateur de ces types de produits, rencontré à Cotonou dit avoir conscience des risques encourus mais persiste dans l’utilisation des produits pour se faire respecter par ses partenaires. « Un homme reste un homme. S’il cogne une femme, elle doit le sentir. C’est la raison pour laquelle j’ai recours au produit « Zédéka-Zédéka » (qui veut dire « en même temps » en français) pour soulever mon appareil », a-t-il confié. Cette obsession peut avoir des conséquences psychologiques importantes. « Beaucoup de jeunes développent une anxiété liée à une comparaison irréaliste avec des images vues sur Internet ou dans les contenus pornographiques. Ils finissent par croire qu’ils ne sont pas normaux alors qu’ils ne présentent aucun problème médical », analyse Alban Sodabi, spécialiste en santé sexuelle. La prise répétée de produits pour obtenir une érection ou améliorer artificiellement les performances peut également renforcer une dépendance psychologique. Le jeune peut progressivement perdre confiance en ses capacités naturelles et penser qu’il ne peut plus avoir de rapport sexuel sans médicament.

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« Durer longtemps » ne doit pas devenir une obsession

La volonté de prolonger les rapports sexuels pousse aussi certains jeunes vers des médicaments ou des mélanges dont ils ignorent les effets. Or, la durée d’un rapport n’est pas, à elle seule, le principal indicateur d’une sexualité satisfaisante. Pour les spécialistes de la Santé sexuelle et reproductive, la communication entre partenaires, la confiance, le consentement, le plaisir partagé et le bien-être physique et psychologique sont des éléments tout aussi importants. En cas d’éjaculation précoce répétée ou de trouble de l’érection persistant, la solution doit commencer par une consultation médicale. « Il ne faut pas avoir honte d’aller consulter. Un trouble sexuel peut parfois être lié au stress, mais il peut aussi révéler une autre situation de santé qui mérite une prise en charge », rappelle Moussa Babaèkpa, un professionnel de santé.

Les organismes spécialisés dans la santé complémentaire notamment le Programme national de la médecine traditionnelle et de la pharmacopée, structure relevant du ministère de la Santé au Bénin, souligne par ailleurs qu’aucune approche à base de produits dits naturels n’a démontré de manière définitive son efficacité et sa sécurité pour améliorer les performances sexuelles ou traiter les troubles de l’érection. Certains compléments peuvent contenir des ingrédients cachés ou interagir dangereusement avec d’autres médicaments.

Mieux informer les jeunes

Face à l’ampleur des messages publicitaires sur les réseaux sociaux, les spécialistes appellent à renforcer l’éducation à la Santé sexuelle et reproductive; ce que fait d’ailleurs l’Association béninoise pour le marketing social et la communication pour la santé (Abms) et plusieurs autres structures. Il est également nécessaire de combattre les fausses informations et les complexes liés à la virilité. Le message est clair : avant de prendre un médicament ou un produit destiné à augmenter la libido, améliorer l’érection ou prolonger un rapport sexuel, il est préférable de consulter un professionnel de santé qualifié. Car vouloir être plus performant au lit ne devrait jamais conduire un jeune à mettre sa santé en péril. Derrière les promesses de puissance, de durée ou d’augmentation du pénis, la véritable urgence reste l’accès à une information fiable, à des consultations sans jugement et à une prise en charge adaptée aux réalités de la Santé sexuelle et reproductive au Bénin.

Pourtant, un encadrement réglementaire !

Face à la multiplication des messages vantant les prétendues performances sexuelles, l’augmentation de la taille du pénis ou encore les vertus de certains produits dits aphrodisiaques, le gouvernement béninois a mis en place un cadre réglementaire strict. A travers le décret n°2018-262 du 28 juin 2018 et celui n°2024-1297 du 6 novembre 2024, la publicité sur les professions et activités médicales, les médicaments et autres produits médicinaux est interdite. Le dernier texte renforce notamment cette réglementation en proscrivant la promotion auprès du grand public de tout médicament ou produit considéré comme tel. Sont concernés les médicaments, les produits de la pharmacopée, les remèdes et pratiques des tradipraticiens destinés au traitement des maladies, ainsi que les pratiques spirituelles de guérison. La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) veille également au respect de cette réglementation et multiplie les rappels à l’endroit des médias et des acteurs de la communication. Dans un communiqué en date du 27 mai 2025, l’institution de régulation a notamment rappelé l’interdiction formelle de toute publicité médiatique portant sur les médicaments, les remèdes traditionnels ou les méthodes spirituelles présentées comme capables de soigner. Un dispositif qui traduit la volonté des autorités béninoises de protéger les populations, notamment les jeunes, contre les messages publicitaires trompeurs et les produits dont la consommation peut constituer un danger pour la santé.

Serge Adanlao

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