Africa Dev News
Africa Dev News est un média panafricain d'informations, d'analyses, d'investigations et de publicités, avec un focus sur le Bénin où il est basé.

Climat au Bénin : L’urgence d’une adaptation face à une crise qui redessine le territoire

0

Le changement climatique n’est plus une menace à venir pour le Bénin, mais une réalité qui transforme déjà les équilibres environnementaux, économiques et sociaux du pays. Dans une analyse consacrée au développement durable, à l’environnement et au climat, le Dr Joseph Affouda, expert en géoscience de l’environnement et changement climatique, alerte sur la hausse des températures, le dérèglement des pluies, l’érosion côtière, la sécheresse et leurs conséquences sur les populations. Il appelle à renforcer les stratégies de résilience pour préserver les ressources naturelles et assurer un développement durable. Lire sa réflexion.

Développement durable environnement et climat au Bénin

Articles similaires
1 sur 292
  1. L’évolution des parametres climatiques majeurs
    L’ensemble du territoire subit une modification rapide de ses indicateurs météo fondamentaux :
    • Hausse thermique généralisée : La température moyenne nationale, historiquement autour de 27,5°C, flirte désormais avec les 28,5°C à 29°C dans les régions septentrionales. Les projections officielles estiment que sans réduction mondiale des émissions, 98 % du territoire béninois fera face à des vagues de chaleur extrême d’ici 2070.
    • Dérèglement pluviométrique : Les saisons des pluies sont devenues imprévisibles. On observe une réduction du nombre de jours de pluie, mais une augmentation de la violence des précipitations. Les calendriers agricoles ancestraux sont totalement perturbés.
    Le changement climatique n’est plus une menace lointaine pour le Bénin : en 2026, il redéfinit en profondeur l’économie, la géographie et le quotidien des populations sur l’ensemble des 114 763 km² du territoire national.
    Bien que le pays soit un émetteur mineur de gaz à effet de serre (0,05 % des émissions mondiales), sa vulnérabilité est structurelle.
  2. Les impacts sectoriels majeurs sur le territoire
    A. Le sud-Bénin (Zone côtière) : submersion et erosion
    • Érosion côtière agressive : Le recul du trait de côte (littoral de 125 km) atteint par endroits 10 à 12 mètres par an (notamment à l’est de Cotonou et vers Grand-Popo). Les infrastructures routières, hôtelières et les habitations sont directement menacées.
    • Inondations urbaines récurrentes : Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi souffrent d’une montée de la nappe phréatique et du débordement du lac Nokoué et de la lagune. Le Grand Cotonou fait face à des inondations chroniques qui paralysent l’économie informelle.
    • Intrusion saline : L’eau de mer pénètre les terres intérieures et les cours d’eau douce, contaminant les nappes phréatiques urbaines et détruisant les cultures maraîchères de la vallée de l’Ouémé.
    B. Le centre et le Nord-Bénin : sécheresse et désertification
    • Avancée du front de sécheresse : Le climat soudano-sahélien du Grand Nord (Alibori, Atacora, Donga, Borgou) s’aridifie. Les périodes de sécheresse prolongées tarissent les points d’eau naturels et réduisent le débit du fleuve Niger et du fleuve Pendjari.
    • Baisse des rendements agricoles : Le secteur agricole (qui fait vivre 70 % de la population et représente 30 % du PIB) est durement touché. Les cultures de rente (coton, anacarde) et vivrières (maïs, sorgho, igname) subissent des pertes de productivité estimées à 15 % à 25 % selon les zones, menaçant la sécurité alimentaire.
    C. Les conflits d’usage et migrations internes
    • Conflits agriculteurs-éleveurs : La raréfaction des pâturages et de l’eau dans l’extrême nord pousse les éleveurs transhumants à descendre vers le Sud de plus en plus tôt dans l’année. Cela engendre des conflits fonciers violents dans les départements des Collines, du Zou et du Plateau.
  3. Conséquences macroeconomiques et sanitaires
    • Pression sur le Pib : Les coûts économiques liés aux dommages climatiques (destruction de routes, pertes agricoles, reconstruction) représentent un frein majeur au développement. Les inondations majeures (comme celles de 2022 et 2024) coûtent chaque fois des dizaines de milliards de FCfa à l’État béninois.
    • Crise sanitaire : La hausse des températures et les inondations favorisent la prolifération des vecteurs de maladies. Le paludisme, les maladies hydriques (choléra, diarrhées) et les infections respiratoires liées aux poussières d’Harmattan tardives connaissent une recrudescence généralisée.
  4. Les strategies de riposte du Bénin
    Face à ce diagnostic, l’État béninois a adopté une posture proactive axée sur la résilience :
  5. Mécanismes financiers innovants : Le Bénin s’illustre par l’émission d’obligations d’Odd (Objectifs de développement durable) pour financer ses projets de transition énergétique et de protection côtière.
  6. Aménagements lourds : Construction de digues de protection (comme à l’est de Cotonou), de bassins de rétention d’eau et mise en œuvre du programme de modernisation de la gestion des déchets (SGDS).
  7. Agriculture intelligente : Introduction de semences de maïs et de riz résistantes à la sécheresse et à cycle court, et promotion de l’agroforesterie pour restaurer les sols dégradés.

Dr Affouda Joseph, Expert en Géoscience de l’environnement et le changement climatique

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre navigation. En poursuivant, nous considérons que vous acceptez leur utilisation. Toutefois, vous avez la possibilité de vous y opposer si vous le souhaitez. Pour plus d'informations ou pour modifier vos préférences, consultez notre politique de confidentialité Accepter Lire la suite